«Les Passagers» ou «Rencontres à la Halte de Nuit»

 

 

 

Série réalisée pour l’association Le Foyer Notre-Dame des Sans-Abri 

Novembre 2016 - Mars 2017

 

Exposition des tirages à l’assemblée générale du FNDSA le 6 juin 2017 

Exposition permanente au siège de l’association 

 

 

Ce projet avait pour ambition de transcrire par le biais du portrait l’état émotionnel des personnes accueillies au sein de l’association lors de leur court passage à la Halte de Nuit. Cinq mois d’immersion en tant que bénévole ont été nécessaires pour comprendre le fonctionnement de la structure, observer le comportement des passagers et créer des liens avec eux, avant de passer à la prise de vue. 

J’ai essayé d’inclure dans la composition les différents éléments de l’environnement pour transmettre l’ambiance qui régnait à l’intérieur de la maison: les lumières tamisés, les tapisseries, les lits de camp, les couvertures de toutes les couleurs et textures, quelques éléments de décoration. J’ai cherché à faire des portraits simples mais parlants. Les personnes photographiées n’étaient pas guidées et prenaient les poses naturellement. Leurs expressions, la position de leur mains et jambes, la direction des regards sont autant d’indices qui nous permettent imaginer leurs histoires respectives. 

Toutes les images ont été réalisées avec un appareil photo argentique moyen format et un éclairage artificiel en lumière continue.

 

 

On vous nomme les « SDF » ou « personnes sans domicile fixe ». 

En vous croisant dans les rues je ressentais tantôt de l’empathie, tantôt de la colère, mais surtout de l’incompréhension. 

 

Ici, au Foyer Notre-Dame des Sans-Abri on vous appelle les Passagers. 

Vous rencontrer à la Halte de Nuit a marqué un grand changement dans ma vie. Durant mes cinq mois de bénévolat, j’ai découvert une multitude d’histoires derrière vos visages, si beaux mais déjà abîmés par la rue. 

 

Grace à vous j’ai découvert l’espérance, la vraie. 

J’ai été émerveillée par cette joie de vivre que vous dégagez et dont nul ne semble pouvoir vous priver. 

J’ai appris qu’il était possible de communiquer sans parler la même langue. 

En vous voyant jouer, prendre soin les uns des autres, mettre la table pour le festin à l’occasion de la fermeture de la Halte, j’ai découvert une autre forme d’amour. 

Face à des situations parfois difficiles et à l’hostilité de certains d’entre vous, j’ai appris l’humilité. 

 

Petit à petit, j’ai commencé à comprendre. 

 

Comprendre les raisons qui vous ont menées à atterrir là, sur des lits de camp entassés dans des chambres surchauffées. 

Comprendre que nous n’avons pas tous la même force intérieure pour affronter les épreuves de la vie. 

Comprendre que si vous vous retrouvez là, c’est aussi de ma faute. 

Comprendre enfin que vous et moi, nous ne faisons qu’un. 

 

En faisant ces portraits j’ai cherché à vous montrer dans toute votre dignité, en imaginant cette série photographique comme une invitation à s’ouvrir aux autres.